Revue de presse



John Nein - Sundance Film Festival - January 18-28, 2007

The characters in Laurent Salgues's entrancing debut feature occupy both a literal and figurative netherworld. Pulling amazing textures from the windswept wasteland, his widescreen images are hypnotic. But it's the camera's evocation of people that is most striking. Salgues is more interested in showing us inner landscapes -- and the dignity of these souls that seem to erode before us. For the rest, it's cruel irony that they are so close to gold but so far from happiness.

In an amazingly stoic performance, Makena Diop conveys an entire journey of self-discovery. We have only a vague sense of Mocktar's wounds, but it's clear that riches will not salve them.


Olivier Barlet - www.africultures.com - publié le 26 juillet 2006

Vent du désert, espace de poussière, écran large, des hommes sortent en tous sens de terre comme des martiens. Une mine d'or au Burkina Faso. Mocktar (Makena Diop) a fait la route depuis le Niger pour y travailler. Sa réserve mais aussi sa dignité masquent une douleur que le film révélera peu à peu. Il vient se mêler à ces orpailleurs, sorte de légionnaires venus d'ailleurs, prêts à risquer leur vie dans ces goulots aux plafonds fragiles sans qu'on puisse sauver ceux qu'ils enfouissent. Pour beaucoup, le rêve de richesse a fait long feu et leur galère d'immigrés est une dérive de la vie que Laurent Salgues explore comme une allégorie du drame africain.

Tons sable et ocre, clairs-obscurs et demi-teintes, même les vêtements de travail sont au diapason d'une poussière qui envahit tout même les rêves, et qui rappelle celle qui s'élève quand on enterre un mort. Elle colle au visage et au corps à la sortie de la mine, faisant chaque jour selon un tragique rituel de ces demi-fous des revenants. La mine est leur prison. Ils en acceptent sans broncher les règles sans merci, du racket du patron aux conditions de travail inhumaines, et leur labeur n'a rien à envier à Sisyphe. La distribution des rôles est immuable, et lorsque l'ouvrier Thiam (Rasmané Ouedraogo) devient patron, sa fonction triomphera de l'humanité qu'il portait en lui.

Tout cela, Laurent Salgues le décrit sans sociologie, avec force plans fixes extatiques d'une sourde beauté plastique, souvent à distance, sans intrusion autre que le devenir des hommes dans un monde sans pitié. Il s'appuie sur la faculté de Makena Diop et Rasmané Ouedraogo à porter l'intériorité de leur personnage pour faire de son film une douce et lente méditation monochrome s'élevant au niveau de celle de Mocktar, un regard désabusé et sans jugement sur un monde qui tourne en rond, un rêve de richesse inaccessible, car lorsque l'or est enfin trouvé, cela ne profite à personne qu'à celui qui donne pour retrouver son intégrité. Cet orpailleur aux mains de paysan ne pourra que perdre ses visions dans les dunes du désert qu'est devenue sa vie, mais avec la dignité d'un continent qui conserve au fond de lui le sens de la valeur des êtres et de la place des choses.


Bénédicte Prot  - www.cineuropa.org - publié le 8 septembre 2006

Venise 2006 – Journées des Auteurs

UN ORPAILLEUR DU CINÉMA SUR LE LIDO

Bien que Rêves de poussière rende compte des dures réalités de la vie des orpailleurs burkinabés, qui risquent leur vie tous les jours dans de précaires tunnels dans l'espoir de trouver la pépite qui leur permettra de rentrer chez eux des hommes riches, et bien que ce projet ait d'abord commencé comme un documentaire, ce film est avant tout une fiction, un conte magnifique déterré par Laurent Salgues dans les entrailles d'un continent qui le passionne, que le public des Journées des Auteurs a accueilli, à l'unanimité, comme un des films les plus splendides et poétiques présentés sur le Lido.

Dans Rêves de poussière, Laurent Salgues privilégie courageusement (car il n'est pas toujours facile de proposer aux producteurs des plans d'une telle durée) le pouvoir des images, à tel point qu'elles deviennent la matière première de la narration (comme dans le livre d'images de la petite fille du film). Ici, la progressive chute du héros dans un enfer de poussière blanche est signifiée par le contraste entre son port altier du début du film et la manière penaude dont il s'éloigne seul, en boitant, après sa première journée de travail, dans un paysage désolé qu'il ne quittera probablement plus. Ici, l'état d'esclavage des orpailleurs (qui travaillent toujours pour d'autres - famille ou patrons) s'exprime à travers l'image des pilons manoeuvrés en rythme - comme le furent jadis les rames des galères qui ont emmené leurs ancêtres dans d'autres terres de tyrannie. Ici, le fait que les Africains vivent avec leurs fantômes apparaît dans les scènes où la caméra s'attarde sur des lieux désertés par les parents et enfants défunts.

Comme l'a souligné Makena Diop, acteur principal du film, après la projection, ce premier long métrage de Laurent Salgues respecte "le rythme de la vie" tout en constituant un récit si riche que la projection pourrait durer une heure de plus sans qu'on s'en aperçoive.


Caroline Pochon - www.clapnoir.org  - 11 mai 2007

Mocktar interprété par Makena Diop arrive dans l'univers de la mine seul, démuni. Avec lui, on plonge dans les boyaux d'une mine d'or artisanale et bien sûr, dangereuse, effrayante. Ensuite, on se frotte aussi aux rapports de force qui gouvernent cette mine. Il y a les exploiteurs et ceux qui sont exploités. Mais, cynisme de la vie, lorsque le chef disparait, l'un des exploités va prendre sa place et reprendre toutes ses attitudes, reproduire sa cruauté. Un constat âpre et sans concession.

Le film ne décrit pas que les relations d'exploitation. Il montre également la solidarité entre les hommes de la mine. Il est attentif à la précision des gestes, à l'intensité des échanges de regards, aux petits groupes qui se forment. Il fait éprouver la fatigue, l'épuisement et met en valeur le petit échange qui va donner sens à toute une journée de labeur. Il laisse aussi une part de rêve et la possibilité d'une rencontre amoureuse. Elle sera aussi pudique que mythique. Laurent Salgues a su magnifier la beauté très sahélienne de son épouse, Fatou Tall-Salgues, drapée dans des voiles gracieux et énigmatiques, qui interprète la jeune villageoise vivant aux alentours de la mine avec laquelle notre mineur va se lier d'amour. Mocktar est un amoureux pudique. Pudique, le film l'est aussi, bien sûr. Simple, silencieux, le jeu de Makena Diop est intériorisé, tout en densité, en profondeur. Laurent Salgues le filme dans le corps à corps physique avec la mine. Il suit aussi son humanité, sa capacité à s'émouvoir. Il montre la naissance des sentiments dans un contexte si âpre. C'est un film du désert, un film où l'on parle peu, où chaque geste est chargé de sens, où face à la dureté d'un système, chacun tente de tenir, tout simplement. Sans exotisme aucun, sans lyrisme inutile, sans manichéisme, c'est un hymne à l'ouvrier du monde entier, qui creuse pour sa survie, au risque de sa vie. Un message qui est donc aussi politique que le film atteint à une véritable grâce esthétique.


Luc Decaster - Texte de soutien de l'Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID)  - Sélection ACID Cannes 2007

Le vent du désert balaye sable et poussière sur un village. Derrière une multitude de monticules des êtres grisâtres sortent de terre, soulèvent de petits sacs puis s’éloignent lentement, se fondent dans l’espace où se déploient toutes les nuances de l’ocre. 

Par ces premiers plans larges et fixes, le ton et le temps sont donnés avant que ne s’ouvre le récit. Un premier visage se découvre : Mocktar, visage clair et serein, se présente devant un officier; paysan nigérien émigré, il vient se faire embaucher dans la mine d’or, principal décor d’un drame latent. La vie des orpailleurs, en quête d’autres destins, est mise en jeu à chaque descente au fond des trous.

Mais Laurent Salgues n’a pas choisi de nous laisser face à l’horreur quotidienne vécue par ces hommes et femmes. Le récit comme l’image gomment tout misérabilisme pour s’approcher du conte. Un conte ancré dans une société avec ses places, sa hiérarchie, ses règles. Avec aussi, pour l’immigré Mocktar, la rencontre de l’autre dans un lieu de survie.

Par son travail esthétique, les regards et les gestes rituels des femmes, le bruit des pilons qui rythment le quotidien, le réalisateur nous oblige à côtoyer l’âpre du réel et l’onirique, la beauté et la mort, avec dans chaque plan le temps pour créer nos images, travailler notre propre scénario.

Les choix du cinéaste sont une invitation à nous interroger au-delà de la mine et de ces chercheurs d’or du Burkina Faso. Il y a là comme une allégorie sur une Afrique à la fois convoitée par nos regards, et totalement abandonnée.


Mélissa Proulx - VOIR (Québec) - 17 mai 2007

NAUFRAGÉS DU DÉSERT

Après avoir réalisé quelques courts métrages (Éternité moins cinq, Camilio, La Femme à l'ombrelle), Laurent Salgues signe un premier long métrage qui s'attarde à un continent qui le "prend aux tripes", l'Afrique, et plus particulièrement au Burkina Faso, où des hommes travaillent dans un océan de sable et de vent, à la recherche de l'ultime pépite d'or. "L'imaginaire autour de l'or est très riche, et je suis assez dur avec ceux qui trouvent de l'or parce que, en général, ça ne leur apporte pas le bonheur. C'était aussi pour traduire un peu l'Afrique, puisque la plupart des grandes richesses de ce monde sont en Afrique, mais les Africains n'arrivent pas à en vivre. D'une certaine manière, c'est la métaphore du film", relate le réalisateur au bout du fil.

Mocktar Dicko (Makena Diop) quitte le Niger et fuit un lourd passé de culpabilité pour travailler, le temps d'une saison, dans la mine d'or artisanale d'Essakane. Le parcours initiatique du paysan malien est ainsi marqué par le déracinement, la misère et la découverte de l'autre dans cette prison où les plafonds avalent parfois les hommes sans prévenir.

Dans Rêves de poussière, tous portent un fardeau et attendent, comme on attend le bus, un ticket vers de meilleurs cieux. "En Afrique de l'Ouest, il y a toujours le mythe occidental; tout le monde souhaite partir pour l'Occident. Donc, c'était cette idée d'Essakane comme une ville portuaire où les gens attendent un éventuel départ vers le bonheur."

Dans ce lieu, où l'étendue du sable est comparable à celle de la mer, Laurent Salgues a trouvé matière à filmer le temps qui passe, qui s'égrène lentement, comme dans un sablier trop étroit. "Je voulais filmer le désert un peu comme on filme la mer. Le principal thème, c'est l'attente; on a un personnage qui s'assoit, qui contemple le désert et qui attend. Pour moi, c'était clair que ça allait avec de longs plans fixes", constate celui qui a priorisé une réalisation épurée, sans cadrages ni grands mouvements de caméra. Il met ainsi l'accent sur les gestes quotidiens de ces hommes qui vaquent à leur besogne dans un silence immuable. "Je me suis intéressé aux corps, aux visages dans l'espace. J'aime mettre la caméra sur des personnages sans qu'ils aient quelque chose à faire."

Ayant pour compagne une actrice originaire du Burkina Faso (Fatou Tall-Salgues), qui tient son premier rôle dans le film), le réalisateur s'est également intéressé au thème de l'exil et de la migration Sud-Sud. "On parle toujours de l'immigration Nord-Sud, alors que sur toute la planète, les gens bougent. Ce qui m'intéressait, c'était de voir aussi les mouvements en Afrique de l'Ouest", termine le cinéaste, qui souhaite faire de ses deux prochains films des volets complétant une trilogie tournant autour du modèle de son personnage central.


Jérôme Delgado - VOIR (Québec) - 17 mai 2007

DU SABLE DANS LES YEUX

L'un après l'autre, les hommes surgissent des dunes de sable comme de véritables fourmis. Ce premier plan de Rêves de poussière, magnifique image sur un espace ouvert et sur une communauté de miniers, n'est offerte qu'en contraste avec ce qui suivra.

L'histoire de Rêves de poussière, autre film "africain" (décidément), est simple. Laurent Salgues, scénariste et réalisateur, signe un premier long métrage admirable de retenue. Peu bavard, longs plans, subtilement dénonciateur...

Cette fiction, dure par moments, traite avant tout de la solitude. De la difficulté à parler de soi, du passé. Les personnages, peu loquaces, se renferment paradoxalement en eux, au point où ils semblent incapables de secourir un collègue. Le voisin ne compte pas plus.

Ce monde sans âme, inhumain, on le découvre à travers les yeux du nouveau venu Mocktar. Non seulement un étranger, il représente ce que les autres mineurs ont perdu au contact de ce travail routinier, exténuant et à la merci d'un système d'exploitation sans pitié.

Interprété par le grand Makena Diop, acteur et conteur sénégalais, Mocktar apparaît comme la dernière couche de résistance. Un espoir d'humanité, à l'instar des personnages du Pressentiment de Jean-Pierre Darroussin ou du plus ancien Japón de Carlos Reygadas.



Martin Gignac - ICI Montréal édition du jeudi 17 mai 2007

VAGUES D'ILLUSION

Ils ont tous des secrets inavouables, des traumatismes enfouis qui les handicapent de jour en jour. Pour alimenter leurs songes de quiétude, ces êtres ont décidé de travailler à Essakane, une mine d’or au nord-est du Burkina Faso. En trouvant des pierres précieuses, des hommes et des femmes pensent pouvoir s’échapper de leur condition et tout recommencer à zéro. Une de ces âmes, Mocktar (Makena Diop), n’est pourtant pas là pour l’argent.

Cette première réalisation de Laurent Salgues est aussi riche que son sujet. Les envoûtants paysages aux longs plans fixes soufflent des bourrasques qui ankylosent les corps, réduisant l’action au minimum. La lenteur du récit permet une intériorisation des sentiments, une quête existentielle dont s’investira totalement un Makena Diop en phase totale avec son personnage légèrement décalé qui côtoiera même la femme du cinéaste Fatou Tall-Salgues.

C’est sur le plan politique que Rêves de poussière s’avère pleinement accessible. L’oasis de la mine d’or n’est que chimère, car elle ne fait que répéter un cycle. Le travail tient davantage de l’esclavage volontaire qui n’hésite pas à usurper l’identité de ces corps malléables. À ce sujet, la poupée blanche au visage noirci est un exemple probant des mutations qui englobent peu à peu l’Afrique.

Ce constat plus réaliste que cynique s’avère également un portrait probant de cette ½uvre dite d’auteur qui a fait le tour des festivals (elle sera même à Cannes) avant de se nicher dans quelques salles. Après un long exode, les fruits peuvent enfin être cueillis.


Antoine Godin - Canoë (Québec) - 18 mai 2007

Le film Rêves de poussière était de passage à Montréal en octobre dernier dans le cadre du Festival du nouveau cinéma. Le voici qui prend l’affiche pour quelques représentations de plus.

Il faut un certain goût de l’aventure pour aller voir un film dont l’action se déroule en Afrique dans une poussiéreuse et désertique mine artisanale. Des producteurs ont d’ailleurs prévenu le réalisateur Laurent Salgues que l’Asie et l’Amérique du Sud sont à la mode, mais pas l’Afrique. Je dois dire que le goût de l’aventure s’avère bien récompensé par Rêves de poussière.

N’écoutant que lui, le cinéaste a réalisé une très belle fiction à partir d’un sujet qu’il pensait traiter en documentaire dans un premier temps. À mon avis – qui correspond à celui de Salgues – le résultat est beaucoup plus intéressant en fiction. Salgues réussit à créer un univers isolé et peuplé de fantômes invisibles, où évoluent des personnages en quête identitaire. 

La mine d’or du Burkina Faso est un lieu de rencontre de gens fuyant un passé douloureux, à la recherche d’un avenir plein de promesses. Mocktar vient tout juste d’arriver dans le monde fermé de la mine. Dans ce milieu aride à l’image du désert intérieur que traversent les personnages, l’étranger nigérien se lie d’amitié avec les membres de son équipe. Les motifs de sa venue nous étant inconnus au départ, nous découvrons progressivement que c’est lui-même que Mocktar cherche à retrouver, plus qu’une pépite d’or qui lui permettrait de recommencer une nouvelle vie.

On se laisse peu à peu gagner par ce personnage de Mocktar au passé mystérieux, les relations entre les mineurs, la routine qui s’installe et le désert poussiéreux. Salgues n’a pas misé sur la tension psychologique et encore moins sur l’action pour maintenir l’intérêt, mais plutôt sur le mystère entretenu par des lieux désertiques, une mine aux techniques archaïques qui pique notre curiosité et un Mocktar peu bavard; éléments que le réalisateur s’attèle à filmer tout en lenteur, laissant au sable le temps de pénétrer son objectif à chaque plan et ce temps, notre esprit.

La mine intrigue probablement davantage le spectateur occidental que le personnage de Mocktar lui-même. À certains moments, les plus curieux d’entre nous aimeraient certainement que le réalisateur se rabatte sur la bonne vieille formule documentaire et que la voix omnisciente du narrateur surgisse pour nous expliquer comment et pourquoi de telles mines dignes de l’époque pharaonique subsistent encore de nos jours.

Salgues l’a vu autrement. Il utilise l’inconnu pour construire un univers mystérieux, la réalité pour mieux plonger dans la fiction. À partir de cette amorce, à nous de faire nos propres recherches. C’était probablement là le but ultime du réalisateur.


Odile Tremblay - Le Devoir (Québec) - édition du samedi 19 au dimanche 20 mai 2007


Une fable sur l'errance et le malheur.

Porté par de magnifiques images de sable et de lumière, dans un enfer burkinabé où des chercheurs d'or risquent leur vie à chaque instant au milieu des pires conditions de vie, Rêves de poussière est une fable sur l'errance et le malheur.

Ce premier long métrage du Français Laurent Salgues, oeuvre de lenteur et d'âcre poésie, a pour cadre Essakane, une mine d'or au nord du Burkina Faso. Un paysan nigérien, Mocktar (Makena Diop), brisé par la misère et les deuils familiaux, aboutit dans ce coin perdu, pour travailler et oublier. Il rencontrera la solidarité et l'indifférence, le rêve d'un nouvel amour avec la belle Coumba (Fatou Tall-Salgues), quelques fantômes égarés, mais aussi la mort, la maladie, le danger, l'espoir qui vient et s'enfuit.


La musique envoûtante et les images de désert confèrent son âme au film. Les longs plans, le rythme, qui respire et suffoque avec l'Afrique occidentale, participent à cette plongée en apnée dans un huis-clos de douleur et de surréalisme, quête identitaire à la clé.

Si Makena Diop, dans la peau de l'étranger qui apprend à la dure le métier d'orpailleur, a un jeu juste et sobre, plusieurs acteurs secondaires ont du mal à donner à leurs répliques des accents naturels. Même le vétéran Rasmané Ouedraogo fausse parfois. Le problème du jeu récité est propre à plusieurs cinémas d'Afrique noire. Mais il ajoute ici une aura de surréalisme à cette fable en vase clos.

Le scénario, qui suggère les drames de chacun sans jamais y insister, crée aussi ce désert intérieur dont les images de sable ne sont que le reflet.

Rêves de poussière, une coproduction entre la France et le Québec, a parcouru la route des festivals, de Venise à Sundance, en passant par de nombreux points de chute. Le défi de ce film consiste désormais à conquérir le public des salles commerciales. Espérons que sa beauté voilée par les sables et les mines enfoncées saura atteindre un public plus vaste que celui des cinéphiles de festivals. Cette oeuvre fragile, non racoleuse, réclame une attention, une ouverture à l'ailleurs, qui récompense en retour le spectateur en l'entraînant du côté de l'Afrique, dont le cinéaste a respecté les drames et les mirages.



Sonia Sarfati - La Presse (Québec) - édition du 21 mai 2007

Laurent Salgues : réalisateur extrême.

De passage à Montréal pour présenter Rêves de poussière, le réalisateur Laurent Salgues évoque le tournage de ce film qui se déroule dans une mine d'or du Burkina faso. "Je vais vous dire ce qui a été facile, ce sera plus rapide", lance-t-il avec humour. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas sérieux.

Laurent Salgues est un voyageur. De corps et d'âme. Né à Cahors en 1967, il a été photographe de presse.

Puis bouquiniste ambulant - il vivait alors dans son camion bourré de livres et sillonnait le sud-ouest de la France. Ensuite, parce qu'il aimait les images et les histoires, il a passé l'examen menant à l'entrée de l'École supérieure d'audiovisuel de Toulouse - où beaucoup sont appelés mais peu sont élus.

Degré de stress: zéro, puisqu'il n'avait pas d'attente. Il a été admis. A poursuivi ses études dans ce sens. Est devenu scénariste - entre autres pour la série télévisée P.J. (manière de NYPD Blue français). De même que réalisateur.

Son premier long métrage, Rêves de poussière, a pris l'affiche vendredi à Montréal. Samedi, il a été projeté à Cannes où il a été sélectionné dans la section parallèle ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion). Parce que Rêves de poussière n'est pas un film indépendant français, mais une coproduction indépendante entre la France, le Québec et le Burkina Faso. Où les difficultés se sont conjuguées sur tous les fronts possibles.

Pendant près de 10 ans. L'écriture. Le financement. Le tournage. La diffusion - «Ces temps-ci, cinématographiquement, l'Afrique est moins à la mode que l'Asie». Mais Laurent Salgues ne regrette rien. Il a raison.

Il y a d'abord eu une rencontre, en Éthiopie, avec un spécialiste de l'or. L'idée s'est imposée: l'un savait filmer; l'autre connaissait un endroit visuellement (d) étonnant dans le nord-ouest du Burkina-Faso, la mine d'Essakane. Laurent Salgues s'y est rendu, d'abord avec le projet de tourner un documentaire.

Au plus près des orpailleurs.

«J'ai eu envie de me rapprocher d'une certaine vérité par rapport à ce lieu. D'utiliser le paysage pour ce qu'il est: un espace infini qui, pour ceux qui y travaillent, est une prison. On ne quitte pas Essakane. Et puis, il y a eu ces rencontres.»

Vraies. De celles qui changent. Avec les gens vivant là. Et, à Ouagadougou, avec une femme, Fatou Tall. Devenue, depuis, Fatou Tall-Salgues. Elle tient un rôle clé dans Rêves de poussière. Un rôle où le nombre de mots est inversement proportionnel à l'intensité. À la force du personnage.

Parce que le documentaire est devenu moyen puis long métrage. D'où le temps qui a passé. Pour trouver un producteur. Le financement. Pour peaufiner le scénario - cette histoire de Mocktar Dicko qui a quitté le Niger et sa famille, la culpabilité du décès de sa fillette vissée au coeur. Il devient orpailleur parmi les orpailleurs. Découvre le métier. L'apprend. Écoute les autres. Leurs secrets.

Parce qu'ils ont tous leurs secrets, ces naufragés du désert. Leurs secrets et leurs histoires. Rêves de poussière est fait de cela. «C'est une fiction mais toutes les scènes que j'ai écrites sont réelles: je les ai vues, entendues ou on me les a racontées.»

Il les a liées par le fil de la fiction. Les a fait porter par des acteurs. Makena Diop, qui campe le rôle principal, est acteur et conteur, il a étudié le théâtre et la mise en scène. Rasmané Ouedraogo, qui joue le vieux Thiam, est une immense vedette au Burkina Faso et a été vu dans La Promesse des frères Dardenne.

Autour d'eux, des orpailleurs. Des vrais. Dans leurs propres rôles. «J'ai voulu faire confiance à l'image, parler avec les visages et les corps, faire confiance à la présence physique des hommes et des femmes», fait Laurent Salgues.

Pour capter tout cela, cinq semaines de tournage. Sous un soleil de plomb. Puis, des mois de post-production. Au Québec. En hiver. «J'ai tourné à 50 degrés et monté à moins 30», résume ce réalisateur qui n'a pas peur des extrêmes.


Jean Roy - L'Humanité - édition du 25 mai 2007

Rêves de poussière, de Laurent Salgues, est un magnifique film africain qui a pour centre un paysan nigérien venant chercher du travail dans une mine d’or du nord-est du Burkina Faso, particulièrement dangereuse. L’histoire de ces miséreux frappe au coeur. Pour autant, le réalisateur a cherché à réaliser le film le plus beau qui soit, dans ses couleurs comme dans ses cadres. Pourquoi un film devrait t-il avoir une esthétique fauchée parce qu’il parle des pauvres ?


Jean-Pierre Marchand - 29 septembre 2007

Le film nous fait plonger dans un univers que, sans effet documentaire, on croit vrai.
J'aime le respect des personnages, leurs complexité.
Aucun didactisme, mais le besoin de réfléchir, d'en savoir plus.


Thierry Sinda - Amina - édition n°453 de janvier 2008

(...) Dans "Germinal" au XIXe siècle, Zola nous avait conté les dures conditions de vie et de travail des "gueules noires" (les mineurs) ; Laurent Salgues au XXIe fait un "Germinal africain" en nous contant les dures conditions de vie et de travail des "gueules blanches" (les chercheurs d'or, les orpailleurs africains). Avec la vedette Rasmané Ouédraogo.


Marine Quinchon - Les Fiches du Cinéma - édition n°1891-92 du 16 janvier 2008

Un paysan nigérien se fait engager dans une mine d'or au Burkina Faso. Dans ce premier long métrage, Laurent Salgues s'attache aux rêves de richesse des travailleurs de ces régions pratiquement désertiques. Un témoignage subtil.

Présenté dans plusieurs festivals, Rêves de poussière décrit, avec une ambition proche du cinéma documentaire, les conditions de vie dans les mines d'or du Burkina Faso, à la frontière du désert, et les enjeux découlant de cette activité pour les différents travailleurs issus de tous les pays contingents. Le choix de la fiction et de tourner en numérique dans cet environnement particulier ne se révèle pas anodin : il permet, évidemment, de développer les sentiments des personnages, mais également de mettre en exergue les talents de Makena Diop. L'acteur, l'un des plus importants du cinéma africain, propose ici une interprétation d'une extrême précision, son corps devenant le principal moyen d'exprimer les différents états d'âme éprouvés par son personnage dans des paysages constamment ensablés. Le réalisateur évite avec soin les clichés, et refuse d'expliciter les traumatismes des personnages. Toutefois, l'intérêt principal du film demeure dans l'évocation des conditions de travail extrêmement périlleuses des orpailleurs, contraints de quitter leurs régions d'origine, et qui tous rêvent de découvrir un vrai filon : pour la plupart, ce travail est providentiel. Si, depuis, l'orpaillage manuel y a été interdit, les travailleurs s'y exercent encore clandestinement, et le problème demeure. On ne peut que se réjouir de voir arriver sur nos écrans une oeuvre intelligemment engagée, qui témoigne des conditions dramatiques des ouvriers africains de plus en plus précarisés par la sécheresse et l'instabilité politique.


Renaud de Rochebrune - Jeune Afrique - édition n°2455 du 27 janvier 2008

(...) Un film lent mais très beau, réalisé presque comme un documentaire, avec des acteurs remarquables, en particulier Makena Diop (Mocktar Dicko) et Rasmané Ouedraogo.


Olivier Pélisson - MonsieurCinema - janvier 2008

Tout l'or des hommes.

Les paysages sont arides. Les gestes sont lents. Les mots n’empiètent pas sur les silences. Avec REVES DE POUSSIERE, Laurent Salgues pénètre le c½ur de l’Afrique à travers le destin d’un homme en devenir, et livre un voyage alangui et mystérieux. Un voyage nourri de douleur enfouie et réduite à la poussière, celle du sable, de la terre et de l’or tant convoité. Et celle de ce à quoi les êtres sont destinés. Car ce récit de passage mêle la vie et la mort, et le croisement des destins, avec une fatalité frontale et pleine d’humanité. La mine d’or devient ainsi un espace de transit, où chacun prend ce qu’il peut en rêvant d’un eldorado. Pas de fioritures dans la mise en scène, ni de vision folklorique transmise par un réalisateur du Nord, la caméra filme avec majesté l’opacité d’une terre nourrie de secrets. Le goût du secret est peut-être la clé de cette ½uvre discrète, au-delà de la quête des hommes pour trouver des pépites. Au centre de cette aventure, et dans la peau de Mocktar, le charismatique Makena Diop brille par son intensité retenue, lui qui enchantait déjà TGV de Mousa Touré et UN HEROS de Zézé Gamboa.


Martin Vaillant - www.commeaucinema.com - janvier 2008

Un voyage difficile mais magique au coeur de l'Afrique profonde.

La corde d’une guitare, le sable rocailleux, les bruits d’une timbale : le film Rêves de poussière nous emmène loin, très loin dans un cinéma aussi touchant que profondément humain.
Un paysan, Mocktar Dicko, vient chercher du travail dans une mine du Burkina Faso. Rapidement ce long métrage devient le prétexte d’une étude bouleversante sur la vie dans les mines africaines et le combat quotidien que ce métier engage.

Véritable transport, le film agit comme un somptueux dépaysement insufflé par les images grandioses de cette région africaine. Les cabanons en bois, l’accent de l’africain, les danses au clair de lune, la projection d’un film indien dans une boîte à télé, les costumes : tout doucement, la peinture d’un monde détaché s’esquisse, un monde inaccessible, lointain mais auquel on adhère et on s’attache rapidement, malgré un tourbillon de poussière qui menace…

Pour être tout à fait honnête, je suis allé voir ce film avec beaucoup d’appréhension.
Tous les ingrédients semblent a priori y être concentrés pour mettre mal à l’aise le spectateur occidental confortablement installé dans son fauteuil, lui offrant le doux plaisir d’une violente prise de conscience.

Et bien non !
Porté par de grands acteurs inconnus, les rêves des mineurs agissent comme une invitation au sentiment où colère cohabite avec dégoût dans un élan de tendresse et d’amour.
Et même si une certaine gêne s’installe quand les lumières s’allument, on sort finalement grandi de cette incroyable aventure.


Virginie Apiou - Cinéma : agiter avant emploi - blogs.arte.tv - 28 janvier 2008

Laurent Salgues et son "Rêves de poussière".

Mercredi sort "Rêves de poussière", premier film de Laurent Salgues. Je l'ai vu il y a tout juste 1 an au Festival de Sundance où Laurent Salgues a appris à faire du snow board. Depuis "Rêves de poussière" a fait quelques festivals et sort enfin en France. Alors pourquoi revenir sur ce film africain au milieu des milliards de films qui sortent chaque semaine ? Parce que sa vision est marquante. Je me souviens encore très bien du film, de son rythme, de sa couleur monochrome, de son récit : celui du conte. C'est beau, jaune, poussiéreux, il ya de l'attente mais jamais d'ennui, de l'amour, de la joie, et de la cruauté, c'est vivant comme un western horizontal. Tout le monde se bat pour sa peau, et tout le monde est passionnant. Le sol est plein de trous et plein d'or, parfois il s'effondre. Le vent est très présent et très brûlant mais tout le monde au milieu est patient. Le destin de chacun passe avant toute volonté esthétisante ou documentariste de la part du cinéaste. C'est bien plus drôle et poignant ainsi, on ne pense jamais à ce que l'on regarde, on est directement là-bas, avec eux. Jusqu'à la fin.


Thomas Sotinel - Le Monde - 29 janvier 2008

Rêves de poussière : des trous dans le désert.

Quelles que soient les imperfections de ce premier long métrage, on en conservera des images qui brûlent la rétine. Un paysage de sable grelé de trous dont on perçoit bientôt qu'ils sont occupés par des hommes, qui cherchent de l'or. Quand on les voit émerger, couverts de poussières, le désert s'anime d'une armée de fantômes.
Cette vision, Laurent Salgues est allé la chercher au nord du Burkina Faso, à la limite entre Sahel et Sahara, sur un site aurifère exploité à l'ancienne (ailleurs, au Mali ou au Ghana, les multinationales métallurgiques ont rationalisé l'exploitation de l'or, les mineurs courent sans doute moins de risque mais les dégâts écologiques sont considérables).
Cette contemplation presque hallucinée d'une réalité terrible et magnifique fait la meilleure part de Rêves de poussière, tourné en numérique dans une lumière filtrée par la poussière. Le film raconte aussi une histoire, celle de Mocktar Dicko (Makena Diop) un paysan nigérien qui fuit on ne sait quoi (on finit par apprendre) et est venu enterrer sa douleur sous les sables aurifères. Le jeu hiératique de Makena Diop et les conventions qui président à l'organisation de son parcours (rencontre avec de plus malheureux que lui, confrontation avec l'autorité du chef de la mine…) empêchent le personnage de prendre la stature qu'appelait le paysage désolé de la mine.
Rêves de poussière est une fiction un peu convenue, qui court après son sujet. Mais par la grâce du pouvoir de captation de la caméra, c'est aussi un moment remarquable qui laisse entrevoir un autre monde, qui ressemble à l'idée que nous nous faisons d'une autre planète, et pourtant peuplé d'humains.


Xavier Leherpeur - TéléCinéObs - édition du mercredi 30 janvier 2008

Mocktar quitte la terre qu'il cultivait pour tenter d'aller gagner sa vie dans les mines ensablées du Burkina Faso. Un premier film modeste dans ses moyens mais ambitieux dans son propos.


Falila Gbadamassi - Afrik.com - 30 janvier 2008

Mocktar Dicko est un Nigérien qui a fui un drame familial, dont il peine à se défaire, pour trouver refuge dans une mine d’or d’Essakane (à ne pas confondre avec l’oasis où se tient le célèbre festival de musique), l’une des plus importantes du Burkina Faso. Le paysan a décidé de devenir orpailleur. Le travail est pénible pour cet homme qui a choisi, désormais, la solitude pour compagne. C’est l’acteur Oumar Makena Diop, vu dans Le Héros du cinéaste angolais Zézé Gamboa, qui prête ses traits à cet homme qui va découvrir la rudesse et les travers de sa nouvelle profession. « Rêves de poussière est une histoire qui m’habite depuis 10 ans. Elle est née de cette relation particulière que j’ai nouée avec les orpailleurs d’Essakane. Je voulais montrer la dignité et la fierté de ces hommes chez qui l’on perçoit un mélange d’espoir et de désespoir, d’où ce titre : Rêves de poussière. J’ai essayé de montrer des personnages qui n’arrivent pas à s’échapper de leur quotidien alors qu’ils en rêvent », explique Laurent Salgues, son réalisateur. Le film devrait d’ailleurs être prochainement présenté aux vrais mineurs d’Essakane, à Ouagadougou et à Dakar, au Sénégal.

Une fiction, pas un documentaire

Pensé au début de l’aventure comme un documentaire, puis un court métrage ou encore un moyen métrage, Rêves de poussière sera finalement une fiction qui s’appuie sur le vécu des mineurs que Laurent Salgues côtoie régulièrement depuis 10 ans et qui l’ont incité à produire cette oeuvre. Une avance sur scénario de la part du Centre national de la cinématographie (CNC), organisme d’aide et de promotion du cinéma français, sera l’aide principale apportée à ce film à petit budget, tourné en numérique et monté en 35mm pour être présenté lors des différents festivals qui l’ont accueilli un peu partout sur la planète. En 2007, Rêves de poussière a été présenté dans la sélection officielle du festival du cinéma indépendant de Sundance et au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), la grand messe du cinéma africain.

A l’instar d’un cinéma qui peine à émerger, monter ce film n’aura pas été de tout repos. « Outre le fait qu’il est souvent compliqué de tourner en Afrique, j’ai dû surmonter de nombreux handicaps. Il m’a été reproché, par exemple, de faire jouer des acteurs peu connus. Ce qui n’est pourtant pas le cas de Makena Diop ou de Rasmané Ouedraogo. Autre obstacle : ma couleur de peau. Je suis rentré en contact par téléphone avec de nombreux investisseurs qui, une fois qu’ils se sont aperçus que j’étais Blanc, ont renoncé à financer le projet. J’ai dû m’accrocher pour mener à bien ce film qui a profité d’une équipe de professionnels à majorité burkinabé. Nombreux sont également ceux qui m’ont demandé si je n’avais pas peur de travailler avec une équipe locale. Non, absolument pas. Certains réalisateurs africains n’ont pas été non plus très tendres avec moi parce que, semble-t-il, je piétinais un domaine réservé ».

« Quand on arrive à Essakane, on éprouve un certain choc face à ce paysage d’un autre temps »

Le vent qui joue avec la poussière, ces trous qui avalent les hommes au lever du jour ou en accouchent quand l’astre solaire s’éclipse à la fin de la journée et ces espaces infinis de terre et de sable sont l’expression d’un parti pris esthétique qui vise à transcender le quotidien de cette mine d’or burkinabé. « Certains associent souvent le cinéma, quand il est question de l’Afrique, à quelque chose de "cheap", note Laurent Salgues. J’ai voulu prouver le contraire en essayant de faire un beau film bien qu’il s’agisse de rendre compte de conditions de vie assez terribles. Quand on arrive à Essakane, on éprouve un certain choc face à ce paysage d’un autre temps. On se demande si une guerre n’y a pas eu lieu. Cela interpelle forcément. » Tout comme le dénuement dans lequel vivent ces mineurs dont les trouvailles valent une fortune en Occident. « Dans cette région, comme dans de nombreux pays africains, les matières premières sont la principale source de richesse. Mais les gens n’arrivent pas à vivre de leur exploitation. »

Rêves de poussière traduit également la monotonie d’une vie de labeur qui offre peu ou pas de satisfaction. Même la découverte d’une pépite n’est pas une garantie de bonheur. Le propriétaire de la mine où travaille Mocktar en fera le fatal apprentissage. De même qu’un de ses coéquipiers pour qui l’or rime avec la mort de son père. Laurent Salgues se laisse porter par les errements de son personnage qui flirte avec le néant. Mocktar n'en sort que lorsqu'il côtoie Coumba, Fatou Tall-Salgues à la ville, et sa fille qui lui rappellent la famille qu’il semble avoir perdu. « J’aime ce rythme, cette lenteur que l’on retrouve dans le cinéma du cinéaste japonais Ozu. J’ai fait un choix qui me correspond. Quand il fait 50° degrés à l’ombre, on ne peut qu’être économe de ses mouvements, ce qui est tout à fait cohérent avec le rythme du film. J’aime bien le cinéma qui prend son temps. En Occident, on devient de plus en plus pauvre en temps, ce qui finit par lui conférer un caractère très précieux. J’ai fait un film sur le vide et le temps. » Laurent Salgues, qui a rencontré l’amour à Essakane et pris la nationalité burkinabé, ne veut surtout pas que son ½uvre soit cataloguée dans un monde où le critère racial constitue trop souvent, selon lui, et à lui seul une grille de lecture. « Ce n’est ni un film français ni un film burkinabé. C’est un film qui résulte de toutes les influences que j’ai subies. Rêves de poussière, c’est mon point de vue de cinéaste ». A charge de le découvrir dans les deux salles parisiennes, l’espace Saint-Michel et l’Epée de bois, où est programmée cette première fiction sur le sort des orpailleurs sur le continent africain.


Brigitte Baudin - Le Figaro - édition du mercredi 30 janvier 2008

Le premier long-métrage de fiction de Laurent Salgues sur un métier en voie de disparition. Une mise en scène simple, épurée, de belles images, un rythme lent. Comme un temps suspendu.



Antoine De Baecke - Sud Ouest - édition du mercredi 30 janvier 2008

En longs plans silencieux, Laurent Salgues parvient à nous faire toucher du doigt à la fois la matière, cette poussière omniprésente, et l'intériorité de ces personnages. Imaginé comme un documentaire, le film s'est transformé en un tableau.


Julien Welter - L'Express - 31 janvier 2008

Un paysan nigérien se fait embaucher dans une mine d'or, dans le nord-est du Burkina Faso. Que veut-il oublier ? Pourquoi ? Mais ce secret importe moins que la peinture de cet endroit perdu. Contemplative et un peu théâtrale, cette fable touche juste lorsqu'elle montre le quotidien des prospecteurs : le travail dans des boyaux étroits et étouffants, l'abrutissant cassage des pierres, la jalousie et les ranc½urs. Sans être original, le film de Laurent Salgues convainc par le regard simple qu'il porte sur cette vie.


Adrien Sene - Première - février 2008

Un paysan nigérien s’engage dans une mine d’or au nord-est du Burkina Faso. Dans cette région aride, l’homme veut oublier. Quoi ? Pourquoi ? Cela importe moins que la peinture sociale de cette région rocailleuse. Contemplative et un peu théâtreuse, cette fable sur les chercheurs d’or touche lorsqu’elle montre le quotidien tragique de cette exploitation où l’on travaille confiné à 40 mètres de profondeur. Dans ces moments, ce premier long-métrage étonne.


Veronika Dorman - Le Figaro Magazine - édition du samedi 2 février 2008

Avec très peu de mots et beaucoup de poussière, voici l'histoire de la séparation et de l'attachement, de la mort et du désespoir, racontée par Laurent Salgues dans un premier long-métrage. Les orpailleurs d'Essakane descendent tous les jours, au risque de leur vie, dans les mines du désert sahélien, en espérant trouver la pépite d'or qui ouvrira la porte d'une vie meilleure. Mocktar, lui, fait le chemin inverse. Il vient s'enterrer dans les entrailles de la terre pour fuir un passé qui ne passe pas. Ce film d'auteur, monotone et dénudé comme le désert, tente de capturer l'immobilité du temps, les abîmes de l'âme et le vertige de la détresse. Sa simplicité toute poétique ne l'empêche pas d'aborder, sans insistance importune ni militantisme, les souffrances du continent africain.


Alexis Campion - Le Journal du Dimanche - édition du dimanche 3 février 2008

Ruiné, un paysan nigérien rallie une mine d'or isolée en plein Sahel. Il y découvre un Far West sans foi ni loi. Tourné en français, dans un style plutôt conventionnel, ce film convainc par son interprétation, ses paysages d'une pureté à couper le souffle et les réalités qu'il dénonce (esclavage, travail des enfants), tout en contrastes avec le calme irréel des protagonistes et des atmosphères.


Rémy Pellissier - evene.fr - 4 février 2008

'Rêves de poussière' est un beau conte, une triste fable poétique et errante. Un voyage au coeur d'un "Far West africain", où tout le monde rêve de LA pépite, sorte de chimère, de mirage dans ce désert balayé par le vent. Le film se situe entre le documentaire et la fiction, instructif et saisissant, mais aussi empathique et émouvant. On est loin de l'euphorie de la Ruée vers l'or, et la pauvreté extrême des populations exacerbe le sentiment de malaise. Les ouvriers sont exploités par des chefs sans vergogne, et la dureté du système tribal africain trouve ici une illustration parfaite. L'intrigue, assez basique, tient lieu de fil conducteur, mais ce n'est pas le point fort de l'oeuvre. L'intérêt est ailleurs, dans un beau film lent et contemplatif, à la réalisation épurée. On s'attarde sur les paysages, sur les personnages, au rythme de vies de labeur consacrées à la recherche du précieux métal. La photographie est superbe. Sont aussi présentes la violence, la difficulté de rapports humains biaisés par la vénalité et l'appât du gain. 'Rêves de poussière' montre parfaitement le drame de ce métal qui rend heureux mais qui sème le malheur. Le film est parfois dur, d'un réalisme terrible. Les acteurs, Makena Diop en tête, épousent parfaitement le rôle qui leur est dévolu et leur performance est assez remarquable. Au final, le spectateur ne peut rester indifférent devant cette oeuvre simple et riche, qui pousse à la réflexion sur de multiples thèmes d'actualité, bien que le plus souvent oubliées par les faiseurs d'opinion.


Jean-Marie Chazeau - Afrique Magazine - édition de février 2008

Des hommes qui surgissent de trous dans le sable, par dizaine, sur un horizon quasi désertique et d'un beige monocolore... Nous voici au nord-est du Burkina Faso, dans la mine d'or d'Essakane, par 50°C à l'ombre. Un paysan nigérien vient y travailler pour mieux oublier un passé douloureux... Il y rencontre des orpailleurs venus de toutes parts, qui s'enfoncent chaque jour dans ces galeries d'où ils ressurgissent (quand ils n'y meurent pas) couverts de poussière, fantômes du désert : la caméra reste à la surface et à distance pour mieux les voir apparaître et disparaître, image forte qui occupe l'écran et incruste nos pupilles comme une photographie particulièrement réussie. Mais cet esthétisme ne tue pas son aspect documentaire et humain, précieux, témoignage de coeur, de sueur et de poussière.


De belles promesses pour l'avenir... Laurent Salgues, réalisateur et scénariste cadurcien.

Propos recueillis par Angélique Garcia - La Roulotte - édition août et septembre 2008

Après avoir réalisé des courts-métrages et scénarios pour le cinéma et la télévision, le cadurcien Laurent Salgues sort le 30 janvier dernier son premier long-métrage, Rêves de poussière. Dans ce film, entre documentaire et fiction, il raconte la vie d'un paysan nigérien venu chercher du travail dans une mine d'or au nord-est du Burkina Faso. Et signe là une réalisation qui l'a propulsé dans la cour des grands.

Rêves de poussière est votre premier long-métrage. Pourquoi avoir réalisé un film sur un paysan nigérien qui va chercher du travail dans une mine d'or artisanale située à l'extrême nord du Burkina Faso ?
La genèse du film est d'abord une histoire de rencontre. Rencontre avec les orpailleurs et avec un lieu : la mine d'or Essakane. J'y ai passé du temps, je m'y suis lié d'amitié et je me suis marié à quelques kilomètres de la mine (au pied du rocher que l'on voit dans le film). Pour écrire le scénario, j'ai essentiellement puisé dans le quotidien des orpailleurs. Je me suis également inspiré de l'histoire et de la culture de ma compagne qui est Peul.

Qu'avez-vous essayé de dire, de transmettre à travers ce film et son personnage principal ?
Je n'ai pas eu la prétention de livrer un message mais de partager des sentiments, une expérience. J'ai essayé d'être au plus près du quotidien des orpailleurs d'Essakane sans juger. Les images se soumettent au regard sans jamais affirmer. J'ai voulu un film ouvert. Un film qui pose des questions.

Vous dites que, dans le film, "vous avez privilégié une forme épurée, sans cadrages ou mouvements de caméra sophistiqués...". Est-ce vouloir se rapprocher d'un cinéma plus intimiste et plus proche de la réalité ?
J'aime le cinéma qui prend le temps et qui considère le spectateur intelligent, loin de la marchandisation actuelle. J'ai ainsi recherché la simplicité, l'épure à tous les stades du film : le scénario du film se résume en une ligne, les plans sont la plupart du temps fixes et longs avec très peu de dialogues, l'image est quasiment monochrome et j'ai enlevé les trois-quarts des sons. Mais simple ne veut pas dire simpliste. C'est même très compliqué de faire simple dans la mesure où le moindre détail devient signifiant. Mais c'est là que c'est intéressant. Le temps est au coeur du film car je le considère comme notre principale richesse. D'ailleurs, de mon point de vue, le plan emblématique du film se situe au moment où le héros et l'héroïne, assis au sommet du rocher, contemplent le Sahel. En apparence, il ne se passe rien. Pour moi, tout est là.

Rêves de poussière a été sélectionné dans une cinquantaine de festivals dans le monde et a reçu plusieurs prix. Qu'est-ce que cela fait d'être à ce point approuvé pour un premier long-métrage ?
Les festivals donnent une visibilité à ce genre de films. Il a été vu par des publics très différents. Publics que j'ai eu la chance de rencontrer lors de débats. C'est un véritable paiement ainsi qu'une motivation supplémentaire pour continuer.

Vous êtes originaire du Lot. D'où exactement ?
Je suis né à Cahors où se trouve toujours la maison familiale. J'y retourne régulièrement.

Comment le public lotois a accueilli votre film quand vous êtes venu le présenter au cinéma Le Quercy de Cahors le 5 juin ?
La projection a été l'occasion de retrouver des amis d'enfance que je n'avais pas vus depuis très longtemps. Enfant, je ne rêvais pas de faire du cinéma, je voulais devenir pompier comme l'avait été mon père et son père. Faire un premier long-métrage a été pour moi une succession de hasards et de rencontres. Pourtant, pour mes amis d'enfance présents à la projection il était évident que j'allais faire un métier artistique. J'avoue que cela m'a surpris.

Gindou Cinéma a mis en place pour les compositeurs une aide à la création de musique originale de films. En tant que membre du jury, quel(s) qualité(s) requiert l'attribution de cette aide ?
En tant que réalisateur, je m'attarde sur ce qu'apportera la musique au film. Chaque élément a trouvé sa place une fois que l'on est sûr que rien ne peut être enlevé ou ajouté au film sans le dénaturer.

Pour vous, quelle importance a la musique dans le cinéma et quelle place tient-elle dans votre film ?
La musique a une place un peu particulière dans la création d'un film. Comme le cinéma, elle raconte des histoires, véhicule des émotions et des sentiments. Le cinéaste français Robert Bresson comparait la musique de films à de l'alcool, à une drogue : "un puissant modificateur et même destructeur du réel". Pourquoi s'interdire un peu d'ivresse ? La musique est comme un bon vin lors d'un repas. Mais tous les vins ne se marient pas avec tous les plats et quand il y en a trop cela peut se terminer en gueule de bois. Dans Rêves de poussière, la musique est utilisée comme un dialogue intérieur. C'est pourquoi les dialogues des personnages et la musique ne se chevauchent jamais. Elle n'illustre et n'explique pas mais, comme un personnage, est mise en scène.

Que pensez-vous des Rencontres cinématographiques de Gindou et, plus globalement, de ses actions menées en faveur du cinéma ?
Je connais les Rencontres depuis de nombreuses années. Avec Philippe Etienne (Délégué Général Gindou Cinéma), nous étions dans la même promotion à l'Ecole Supérieure d'Audiovisuel de Toulouse. L'équipe de Gindou fait un travail remarquable et d'une importance vitale pour le développement culturel du Lot et de sa région. La toute première projection de Rêves de poussière a d'ailleurs eu lieu pendant les Rencontres 2006. Avant même le tournage, j'avais prévenu ma productrice qu'il était essentiel pour moi que le film y soit présenté, malgré le fait que cela puisse fermer la porte des festivals nationaux qui demandent l'exclusivité. Et ce fut la plus belle projection, devant la famille, les amis, sous le ciel étoilé du Lot.

Que conseillez-vous aux jeunes cinéastes qui veulent se lancer dans la réalisation cinématographique ?
Tout simplement de se donner à fond, à 100%. On ne peut pas faire les choses à moitié.

Avez-vous d'autres projets de courts ou de longs-métrages ? Sur le Lot peut-être ?
J'essaie d'écrire le second long-métrage. Et il est vrai que je suis tenté par le Lot. Ce que j'ai mis dans Rêves de poussière vient aussi du Lot. Et au Burkina Faso, j'ai également retrouvé quelque chose du Lot. L'épure, le rythme, la contemplation, la simplicité, le rapport au temps....


Jugu Abraham - 13th International Film Festival of Kerala, Festival Reports, Highlights, Featured - 16 décembre 2008 (dearcinema.com)


Dreams of Dust was important for me as it showed the competence of a talented director making a debut with his own script. Director Laurent Salgues was so impressive with this film that a particular shot of a woman seen through a cascade of water elicited a spontaneous clapping from the knowledgeable audience. The film is a story of Nigerien (from Niger, not Nigeria) gold prospector seeking gold in neighboring country Burkina Faso. One would think this is "Blood Diamond" revisited. Towards the final half hour of the film, the story evolves from mere "sweat-and-blood' tale of an expatriate into a metaphysical, psychological tale with visuals that remind of Kubrick's visual metaphors. The film won attention at Sundance and I can see several reasons for it. The film presents the nobility and elegance of African men and women, rarely seen on cinema. I can probably appreciate the film better because I have visited rural areas of the two countries indirectly discussed. I strongly recommend this film for its direction, its allegorical script, the fine performances and last, but not least, the superb camerawork of Crystel Fournier. It ought to be in the run for all the three major awards at IIFK.