Note du réalisateur

Rêves de poussière est une errance immobile, le parcours intérieur d'un personnage qui, venu se perdre, se retrouve. L'histoire simple d'un abandon de soi.

Les personnages sont des naufragés de la vie échoués dans une mine d'or où tout paraît possible mais où rien ne se réalise. Le bonheur est trop loin, inaccessible. Ils portent tous un fardeau : un lourd passé, un enfant sur le dos ou un sac de roche. Ils font ainsi écho au personnage principal, Mocktar Dicko, qui, arrivant avec sa valise, porte avec lui la culpabilité du décès de sa petite fille.

Essakane est une mine d'or artisanale située à  l'extrême nord du Burkina Faso. Elle est le périmètre du film. Cet espace ancre le récit. Il y règne une atmosphère contradictoire, un mélange d'espoir et de désespoir. "Sahel" est un mot d'origine arabe qui signifie "rivage". Dans ce rivage, Essakane m'est apparue comme un port. Une ville portuaire où l'on rêve, en vain, de départ vers le bonheur. Les personnages contemplent les étendues désertiques comme l'on regarde la mer. Ils vivent à  leur rythme, avec une prédilection pour le temps suspendu, pour toutes ses secondes d'apesanteur où tout peut encore basculer.

D'une certaine manière, le style cinématographique se définit autant par ce que l'on fait que par ce que l'on ne fait pas. Dans Rêves de poussière, j'ai privilégié une forme épurée, sans cadrages ou mouvements de caméra sophistiqués, en simplifiant les gestes des acteurs, la manière de distribuer les regards et de placer les silences à  l'intérieur des dialogues. Le travail de la couleur est très important, mais c'est en la raréfiant qu'on la rend signifiante. De même pour la bande son et la musique. Il s'agit de regarder en face le vide pour exprimer le monde intérieur des personnages : enfermés dans un espace sans fin aux barreaux de vent et de poussière, ils sont prisonniers d'eux-mêmes. Seul l'horizon lointain laisse parfois apparaître quelques mirages, quelques rêves impossibles.